Tout se passe comme si l'individu - et d'ailleurs tout être vivant - était chargé d'un potentiel de vie,
dont nous ne pouvons encore définir, ni l'origine, ni la nature, ni le but, qui tend non seulement à se conserver et à se recharger, mais à croître, à acquérir un maximum de
puissance, à s'épanouir et à se transmettre à d'autres êtres qui en seront le prolongement et la continuation. Et tout cela, non pas au hasard, mais selon les lignes d'une spécificité qui est
inscrite dans le fonctionnement même de notre organisme et dans la nécessité de l'équilibre sans lequel la vie ne pourrait s'accomplir.
Toute contrainte, tout obstacle qui gènent et empèchent cette réalisation dynamique de la destinée intime de l'être, sont ressentis comme une dangereuse rupture de
l'équilibre nécessaire.
La baisse du potentiel de vie sucite un sentiment d'infériorité et d'impuissance qui nous est une douleur profonde, tout comme le coup qui atteint notre corps risque de diminuer notre puissance
physiologique, de déséquilibrer notre organisme et de nous occasionner une souffrance qui n'est que la traduction sensible de l'atteinte subie.
C'est au contraire dans la recharge normale de ce potentiel de vie que l'homme puise son sentiment de puissance qui lui est aussi essentiel que le souffle même, dont chaque raté provoque une
oppression, dont la satisfaction est comme une exaltation de cet instinct de vie, sans lequel, malgré les plus étonnantes découvertes de la science et de la philosophie, rien ne serait.
Toute notre pédagogie visera justement à conserver et à accroître ce potentiel de vie que les méthodes traditionnelles entament jusqu'à l'éliminer parfois, et dont la persistance et l'exaltation
sont comme le baromètre même d'une saine méthode.
(Essai de psychologie
sensible) Freinet, C. (1994). Oeuvres pédagogiques (1). Paris : Seuil. (P.)
(Peinture, Ecole freinet de
Vence)
1933, Freinet et sa fille Baloulette dans l'Estéron à Gars
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander